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Un objet technique peut-il être beau?, Pauline NADRIGNY

Il serait vain de lister les objets techniques que nous qualifions généralement comme beaux. Une lampe design aux lignes pures, une voiture de course fuselée, à la carrosserie brillante, une horloge d’orfèvre aux détails nombreux et soignés… Et n’est-ce pas un facteur d’achat déterminant, entre deux objets dont l’utilité est similaire ? L’évidence de la réponse doit cependant être nuancée : la question nous invite à considérer si un objet technique peut être beau en tant que tel, à savoir un artefact utilitaire, qui se définit par sa fonction.
L’évidence de départ semble en effet reposer sur une confusion entre la dimension esthétique de l’objet technique et sa nature propre. Or l’esthétique entretient une certaine défiance à l’égard de l’utilité : est beau ce qui a sa fin en soi-même, dans la pure expression de sa forme.
C’est dès lors moins l’évidence perçue que cette opposition qui méritera d’être réellement questionnée. Est-il légitime d’opposer ainsi beauté et utilité ? D’une part, l’objet d’art, que nous qualifions généralement de beau, n’est pas dépourvu d’une dimension technique. D’autre part, il n’est certainement pas pertinent de river ainsi l’objet technique à son utilité. N’est-on pas alors inattentif à ses multiples usages (décoration, détournement artistique) ? À travers ce questionnement, nous essaierons de déterminer si la beauté de l’objet technique se donne nécessairement quand il s'éloigne de sa nature, dans une série de gestes qui le déplacent, ou si elle peut résider dans ce qui fait de lui un tel objet : dans sa fonctionnalité, dans sa parfaite insertion au sein du monde.