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Le sujet de l'inconscient, 1ère partie, Romain COUDERC

Invités: 
Couderc, Romain
Date de parution: 
11/12/2014
Résumé de la conférence: 

Initiée par Freud, la psychanalyse pose, à rebours d’une longue tradition philosophique, que l’essence du psychisme ne saurait être située dans la conscience : l’inconscient devient le nom d’un ensemble de représentations et de pulsions qui échappent au sujet, et qui s’expriment sous la forme de symptômes aussi divers que les rêves, les lapsus, les actes manqués, les troubles psychosomatiques… Par conséquent, la psychanalyse, dans sa théorie et dans sa pratique, dégonfle les prétentions narcissiques du sujet conscient à se constituer comme l’agent de ses actes, maître de ses paroles, transparent à lui-même : le « moi », le « je », l’« ego » sont le foyer d’illusions imaginaires et narcissiques. Le « je » du « je pense » (le cogito cartésien) n’est tout au plus qu’une fonction grammaticale, et non le foyer constitutif de la personnalité.
Dans ces conditions, l’expression sujet de l’inconscient, fréquemment employée par le psychanalyste Jacques Lacan, a de quoi surprendre – et ce à plus d’un titre. Une telle expression est équivoque. Comment l’entendre ? On peut tenter d’en déplier les sens suivants :
a) le sujet/l’objet de la réflexion qu’est l’inconscient : en effet, au sens du génitif objectif, l’expression peut signifier le sujet qui a pour objet l’inconscient. Il s’agit donc du thème, de la matière, de l’objet soumis à la réflexion : la langue française renverse en quelque sorte le sujet en objet (le sens de « sujet », en français, équivaut à l’allemand Gegenstand, et à l’anglais matter). Et c’est naturellement un des sens que Lacan entend lui conférer, même si ce n’est pas le plus essentiel.
b) le sujet qui a pour objet l’inconscient : un tel sens fait de l’inconscient un objet du sujet, une propriété dont le sujet peut se rendre maître. Il s’agit en somme d’un sens voisin de « l’inconscient du sujet », expression plus familière, au sens où l’on dirait que le sujet possède la propriété d’avoir tel inconscient, de façon singulière, en vertu de son  histoire. L’inconscient, possédé par le sujet,  serait  une partie du tout que serait le sujet. Or, un tel sens ne saurait être retenu dans la perspective lacanienne : « l’inconscient n’est pas une espèce définissant dans la réalité psychique le cercle de ce qui n’a pas l’attribut (ou la vertu) de la conscience » (J. Lacan,  Écrits, « Position de l’inconscient »)
c) le sujet assujetti à l’inconscient : c’est très précisément le sens fondamental qu’entend penser Lacan lorsqu’il parle de « sujet de l’inconscient ». Et comme l’indique la citation, « le sujet est reconduit à sa place signifiante » : le sujet de l’inconscient est produit par le langage, ou plus exactement par les signifiants du langage.
Le caractère équivoque de l’expression se loge en outre dans l’ambivalence féconde du concept même de sujet : en effet, l’idée de sujet désigne aussi bien un processus de sujétion (hétéronome) qu’un mouvement de subjectivation (autonome).
Mais pourquoi emprunter à la tradition philosophique un concept que la théorie psychanalytique de l’inconscient a pourtant fait voler en éclat ? À quelles conditions le concept de sujet, soigneusement évité par Freud, est-il légitime pour saisir l’identité de « l’homme » dans son rapport à l’inconscient – si tant est qu’une telle « identité » puisse être délimitée ?

Lieu de la conférence: 
Sèvres
Etablissement: 
Lycée Jean-Pierre Vernant

Cours interactif de philosophie diffusé en visioconférence le 11 décembre 2014 depuis le Lycée Jean-Pierre Vernant de Sèvres dans le cadre du Programme Europe, Éducation, École.
Dossier pédagogique : http://www.coin-philo.net/eee.14-15.docs/sujet_de_l_inconscient_couderc_...
Programme 2014-2015 : http://www.coin-philo.net/eee.14-15.prog.php
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